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Histoires de Preuilly sur Claise

Les luttes de pouvoir au XIII siècles à Preuilly sur Claise

 Extrait d’un texte du conservateur CHARLES L. GRANDMAISON, Archiviste du département d’Indre-et-Loire.

 LE BARON ET LES RELIGIEUX DE PREUILLY EN 1432.

L’abbaye de Saint-Pierre-de-Preuilly, fondée en 1001 par Effroy, seigneur de Preuilly, était trop voisine du château même de ses puissants fondateurs pour que des différends ne vinssent pas tôt ou tard troubler la bonne harmonie qui dans l’origine avait régné entre les bienfaiteurs et les donataires. Peu à peu, sans doute, les successeurs d’Effroy, oubliant que les dons faits à l’Église étaient essentiellement irrévocables, voulurent revenir sur l’œuvre de leurs aïeux. Peut-être aussi l’expérience de chaque jour leur révéla-t-elle combien l’existence d’une juridiction si mêlée à la leur était contraire à l’entier exercice de leur autorité.

Quoi qu’il en soit, un procès s’éleva au commencement du XIVe siècle entre les religieux, prétendant avoir haute, moyenne et basse justice sur leurs terres et hommes censiers, et le seigneur de Preuilly, Eschivart IV, qui leur contestait ce droit. Ce procès fut clos en 1312 par un arrêt du parlement de Paris, déclarant que toute juridiction appartenait aux religieux sur les lieux et choses contenus audit arrêt.

 Mais l’affaire se réveilla encore en 1328,

et, à la suite de longues procédures, un second arrêt de parlement de 1386 maintint les religieux de Preuilly dans leur juridiction et spécifia notamment qu’ils demeureraient seigneurs de la rivière de Claise en de certaines limites constatées par l’usage, et que nul ne pourrait détourner le vrai cours de l’eau, ni construire de moulins, ni pêcher ou faire pêcher dans ladite rivière. Pour plus de sûreté, les religieux offrirent au roi Charles VI de lui céder la moitié de leur justice : leur offre fut acceptée, et la juridiction de l’abbaye fut unie à la couronne, de telle sorte que tous cris et exploits se faisaient de par le roi et les religieux ensemble.
Ces derniers, forts de cet arrêt circonstancié et de la sauvegarde royale, espéraient pouvoir désormais vivre en repos, mais ils comptaient sans leurs puissants voisins, et vers 1430 la querelle se ralluma plus vive que jamais.
Le seigneur de Preuilly était alors un vaillant capitaine, Pierre Frottier, seigneur de Melzeard et de Mizéré en Poitou , vicomte de Montbas, baron de Preuilly, d’Azay et du Blanc, en Berry. Il avait suivi le parti du roi Charles VI, celui-ci n’étant encore que dauphin, et beaucoup aidé le prince à sortir de Paris, lorsque les Bourguignons s’emparèrent de cette ville, en 1418. Les services de Pierre Frottier lui méritèrent la confiance et la faveur de Charles qui, par lettres données au château de Montereau, le 20 septembre 1419, le fit premier écuyer de son corps et grand-maitre de son écurie.

Cette haute position et cette faveur signalée valurent sans doute à Pierre Frottier la brillante alliance qu’il conclut, en 1422, avec l’une des plus riches et des plus nobles héritières de la province de Touraine, Marguerite de Preuilly, fille de Gilles, baron de Preuilly, d’Azay et le Blanc, dont Frottier prit dès lors les titres et qualités. C’était un rude soldat, qui avait grandi au milieu des guerres et des luttes continuelles de la première moitié du xv" siècle, époque d’affaiblissement de l’autorité royale, pendant laquelle s’était ranimé l’esprit turbulent et indiscipliné de la féodalité, si laborieusement comprimé au XIII et XIV siècle, sous la main de plus en plus habile et puissante des rois de France.

 Cette renaissance de la féodalité fut courte,

mais singulièrement vive, et marquée par d’autant plus de désordres que l’autorité de l’Église, ce grand juge de paix du moyen-âge, avait considérablement diminué dans l’esprit des hommes. Une pièce de 1155, que j’ai eu l’honneur de communiquer dernièrement à la Société, nous a montré, dans une circonstance analogue, l’un des plus puissants seigneurs de Touraine reconnaissant et réparant ses torts envers le chapitre et les hommes de Saint-Martin : nous verrons tout à l’heure le cas que faisait le baron du xv° siècle de ce pouvoir ecclésiastique tout-puissant au XIII.

Nous connaissons une partie des anciennes querelles qui existaient entre le château et l’abbaye, et de plus il paraît, d’après une expression de notre rouleau, que l’abbé actuel dé Preuilly avait pris parti contre Pierre Frottier, dans les longs différends de ce dernier avec Louise de Preuilly, dame de la RochePozay, et tante de sa femme.

Le fier et rude guerrier, tout imprégné de la vie militaire de ces temps de désordres, accoutumé à renverser des murailles de places fortes et des escadrons d’hommes bardés de fer, n’eut que colère et mépris pour ses voisins et adversaires, pauvres moines vêtus de laine et passant leur vie à des chants et à des prières, qui ne trouvaient nul écho dans son âme, très-peu croyante, à ce qu’il semble.
Il se porta donc envers l’abbaye à toutes sortes de violents excès, empiétant sur la juridiction de l’abbé, violentant et rançonnant, laissant violenter et rançonner par ses gens et officiers les hommes de l’abbaye, et montrant en toute circonstance le plus profond mépris pour l’autorité et même pour les cérémonies de l’Église.

 Ainsi, au mois de juin 1382, il se rendra vers minuit à l’abbaye,

accompagné de vingt-cinq à trente personnes, les unes déguisées, les autres non, parviendra jusqu’à la chambre de l’abbé, dont il fera assaillir la porte et les fenêtres à coups de pierres, tellement que le pauvre abbé croyait être mort et la ville prise d’assaut, et qu’un maître es-arts, régent des écoles de Preuilly, nommé maître Jean Guibert, qui était couché avec l’abbé, eut si grande peur qu’il s’alla cacher avec les chevaux de l’hôtel ou au moins dans l’étable d’iceux.

Alors l’abbé se leva à demi vêtu et fit ouvrir la porte par son clerc ; mais l’un des compagnons du baron, appelé le bâtard de Curzay, et qui était déguisé en femme, passa derrière le lit de l’abbé et se coucha de l’autre côté, sur quoi le seigneur se retourna, disant : « Allumez la torche, et regardez la preudomie de notre abbé ; il fait du preudomme. » Non content de cela le baron de Preuilly fit jeter les moines hors du lit, et conduisit tout le couvent à l’église, où lui et ses complices se mirent à chanter matines et à entonner le Domine, labia mea aperies, par manière de dérision, voulant forcer l’abbé et les moines à chanter avec eux ; puis ils versèrent le bénitier sur la tête de l’un d’eux, qui était en habit de fou, et tout ceci devant l’autel et le crucifix.

Enfin, après avoir promené l’abbé en différentes maisons de la ville, où on le contraignit à boire et manger, il le fit conduire à son château par deux de ses gens, qui le tenaient sous les aisselles et le faisaient danser le long de la rue. Au château l’abbé fut mené au lit de la mère du baron et de là au lit de mademoiselle sa femme, et tout cela en déprisant Dieu et la sainte Église, quoiqu’il dît que ce ne fût que par bourdes.

  Enfin, le 28 juillet 1432, l’abbé quitta son abbaye,

craignant pour sa vie, parce que le seigneur disait « que s’il y avait moynie qui fist semblant de poursuivre contre lui, il le ferait jeter en la rivière ou trancher en pièces. » Ledit seigneur, voyant que l’abbé était, absent, vint plusieurs fois à l’abbaye demander au prieur du cloître : « Où sont les religieux de céans ? Ils ne sont pas ici tous ? Où est le sacristain et le prieur de la Guerche ? — Ils sont allés devers l’abbé. — Mais je renie Dieu que je leur ferai trancher bras et jambes et à tous ceux qui iront, et je vous détiens que vous lui bailliez rien. » De sorte que par la crainte du seigneur ou de ses sergents, les moines n’osaient aller vers leur abbé.

« Votre abbé, disait-il, a rapporté à l’archevêque que je le faisais lever de nuit, et boire et danser ; mais je renie Dieu si l’archevêque y était avec sa croix, il n’en aurait pas moins ; » et ledit seigneur ajoutait qu’il était Pape, Empereur et Roi dans sa terre ; et joignant les effets aux paroles il faisait poursuivre par ses hommes d’armes, deux sergents envoyés de Poitiers pour procéder contre lui, et qui coururent risque de la vie.

Un tel mépris de toute autorité divine et humaine devait être réprimé, et par lettres royales données à Poitiers, le 12 août 1432, le roi Charles VII prenait l’abbaye de Preuilly sous sa sauvegarde spéciale, ordonnait aux parties de comparaître au prochain parlement, et jusqu’au prononcé de l’arrêt faisait très-expresses inhibitions et défenses à toute personne, sous peine de deux cents marcs d’or et autres grosses peines de procéder par voie de fait contre l’abbé et les religieux.

 En même temps le roi donnait charge et mission au premier huissier ou sergent de son parlement, sur ce requis, de faire secrètement et diligemment une enquête sur les excès,

infractions de sauvegarde et attentats qui pourraient être commis contre les religieux, d’ajourner par-devant le parlement tous ceux que par ladite enquête. Clameur publique ou véhémente présomption il trouverait coupables ou véhémentement soupçonnés, et d’apporter ou d’envoyer au parlement ladite information, close et scellée.

Treize jours après l’expédition de ces lettres, c’est-à-dire le 25 août de la même année 1432, Jean Gaumery, sergent achevai au Chatelet de Paris, ayant été dûment requis par les religieux, se transportait à Preuilly, faisait lecture, le lundi premier septembre, sur le bord de la rivière de Claise, des lettres royales, en présence des parties, représentées parieurs procureurs, et ensuite, assisté de Maurice Gaudin, notaire de la cour du scel établi aux contrats à Poitiers, il procédait secrètement et diligemment à l’enquête prescrite par les lettres du roi, et ayant trouvé Pierre Frottier, baron de Preuilly, coupable d’excès, attentats et infractions de sauvegarde, il l’ajourna, en la personne de son procureur, à comparaître devant la cour de parlement, séant à Poitiers, pour répondre au procureur général du roi. Puis il envoyait au parlement, scellée et close, l’information qu’il avait faite à ce sujet.

La curieuse pièce qu’on va lire, et qui voit le jour pour la première fois, est très-sûrement le brouillon de l’enquête dressée par le sergent Gaumery. Elle semble avoir été terminée vers le mois de novembre 1432, et outre les passages que nous avons cités plus haut, elle renferme une foule de renseignements précieux, qui nous apprendraient, si nous ne le savions déjà, combien était déplorable au moyen-âge le sort du peuple, surtout de celui des campagnes, lorsque la main protectrice de la royauté cessait pour un moment de s’étendre sur sa tête, toujours menacée. C’est là, en effet, une peinture prise sur la nature même, et sans doute plus vraie que toutes les théories enfantées par des esprits assurément fort ingénieux, mais qui, trompés par les efforts des législateurs et des jurisconsultes ecclésiastiques et laïques, pour faire pénétrer dans les relations sociales plus d’humanité et de justice, ont pris peut-être des paroles pour des faits et ont cru un peu légèrement à l’exacte observation de prescriptions trop souvent renouvelées, pour n’avoir pas été violées plus souvent encore.

L’enquête du sergent Gaumery fournit plus d’un exemple de ces actes de violence et d’iniquité si communs eu ces temps où l’on rencontrait presque partout la tyrannie et nulle part un véritable gouvernement. Une fois ce sont Bondefait et Jean Kivau, sergents du seigneur, qui, avec un écossais nommé Jean Fausqueran, viennent à la métairie des religieux, nommée la Grange aux moines, et commandent au métayer d’amener des bœufs et une charrette pour aller quérir du vin pour ledit seigneur, à La Haye ; le métayer leur dit : Allez demander à M. l’abbé à qui sont les bœufs ; s’il lui plaît que j’y aille, j’irai volontiers. Sur quoi l’écossais lève son épée et cuida tuer ledit métayer, et de fait l’eût tué sans un van à vanner le blé, qu’il mit au-devant et qui fut partagé en deux.

Ainsi il fallut qu’il liât ses bœufs et qu’il suivît les hommes d’armes, bien que l’abbé lui-même fût venu s’y opposer ; mais on lui répondit que ses bœufs marcheraient, qu’il le voulût ou non, et tant ils furent menés que depuis ils ne firent nul profit aux religieux.

Une autre fois le seigneur fait faire de grosses tours à son château, et comme la pierre coûte trop à tirer de la carrière, il envoie ses maçons et autres prendre et enlever toutes les pierres qu’ils trouvent aux maisons et héritages des hommes de l’abbaye, et notamment tous les beaux quartiers des encoignures des maisons et celles des portes et fenêtres. Ses hommes disent aux bonnes gens : « Saillez-vous dehors, ou nous vous abattrons les pignons de vos maisons sur vos tètes. » Quand les pauvres gens disent mot ils les veulent battre, et tant leur eu font que ces malheureux viennent trouver les religieux, leur disant » Messeigneurs, on nous dépierre les maisons que nous tenons de vous : garantissez-nous, ou nous quittons tout et ne vous payons plus. » Ce qui faisait que la terre de l’Église se dépeuplait insensiblement.

Les mêmes sergents Bondefait et Rivau, quand il faut du bois au château, prennent des gens et les mènent couper dans les bois des religieux, et mêmement au lieu appelé la Rambaudière. S’ils ont quelque charroi à faire, ils vont prendre les bonnes gens en besogne ; par force il faut que ceux-ci marchent, autrement ils seraient battus et tués, et encore, qui pis est, ils ne leur donnent que boire ni que manger.

La rivière de Claise était toute de l’abbaye, depuis le pont de la Claise jusqu’au pont de Bossay, sans que personne y puisse ou doive pêcher sans le congé ou licence des religieux, ce qui n’empêche pas le seigneur d’y faire pêcher un nommé Beulant, et un autre nommé Gillebert, ce qui était au grand préjudice des religieux.

Mais encore fait-il bien mieux quand il lui plaît, ajoute le sergent enquêteur, car s’il manque de poisson, il mande aux religieux de lui en aller pêcher, ou qu’il les fera jeter dans la rivière, et s’ils n’ont qu’une belle pièce de poisson, il faut qu’ils la lui envoient ; ou s’ils sont occupés au service divin il faut qu’Us laissent tout pour la crainte de lui, et ceci ne lui arrive que trois fois la semaine. Dans cette même rivière, et devant la porte des religieux, le seigneur fait, le jour de la Trinité en 1432, mettre et piquer une quintaine, et y fait jouter les meuniers de sa terre, ce qui était au grand préjudice des dits religieux. Et comme ces derniers n’avaient voulu assister à cette joute, le seigneur s’empara d’abord des clés de la porte par laquelle ils allaient à leurs moulins, et finit même par la faire murer quand il vit que les religieux avaient d’autres clés : ce qui est bien grevable chose aux dits religieux, car ils ne peuvent faire buées ni aller à leurs moulins sans passer par la ville, ce qui n’est pas licite chose.

Ailleurs, c’est le métayer des moines à la Bourgongnère, que le seigneur fait enlever et tenir en prison, tant qu’il a eu de lui une pipe de vin du prix de six royaux et en doit avoir une autre aux vendanges.

Ailleurs, un nommé Vit d’Amour, demeurant avec le seigneur, prend un homme des religieux, nommé Marquet, le tient tout un jour dans un bois, et le rançonne un réal.

Chaque année, quand vient la récolte, le seigneur mande les paroisses d’autour de lui, et les requiert de lui donner quelque chose pour l’aider à nourrir quatre ou cinq gentilshommes pour la garde de son château, les assurant qu’il n’en tiendra pas d’autres, et que d’ailleurs il les défend bien des gens d’armes qui courent le pays. Chaque paroisse lui donne une certaine quantité de blé et de vin, et quand il a cela par devers lui, il envoie quérir le demeurant chez eux et fait vivre ses hommes à leurs dépens, tellement, qu’il ne demeure rien aux pauvres gens.

Le jour de la saint Michel 1430, ajoute l’information, fut tué un des chapelains et vicaires de ladite abbaye, chez un nommé Germain, parles gens du seigneur, et la mère du chapelain vint requérir justice audit seigneur, disant : « Vous avez ceux qui ont tué mon fils, je vous requiers que vous m’en fassiez droit. » Mais depuis n’en a tenu compte et a encore avec lui les meurtriers, lesquels en ont tué beaucoup d’autres au pays, et mêmement deux ou trois des hommes de Ester Jodoyen, seigneur de Tet, desquels le seigneur de Preuilly a 260 — été requis de faire justice comme dessus, mais n’en a rien fait.

Mais en voilà assez, je pense, pour que nous puissions nous trouver suffisamment édifiés sur les façons d’agir tout à fait paternelles du baron de Preuilly. Ce ne sont point là des faits inventés à plaisir, ni même de vaines allégations ; tout est détaillé et circonstancié, les personnes et les lieux sont nommés, et à la manière pleine de calme et de sang-froid avec laquelle procède l’enquêteur, on sent bien qu’il n’avance rien qui ne puisse être prouvé au grand jour des débats. Quand on songe que de pareils actes se commettaient contre les personnes et les biens d’une abbaye placée sous la sauvegarde du roi, et dans une province réunie à la couronne depuis plus de deux siècles, et jouissant depuis lors du profit de l’administration royale, on est effrayé à la pensée de ce qui devait se passer dans les provinces encore privées de cet avantage.

 J’ignore quelle suite eut cette enquête,

et l’on n’en trouve plus nulle trace dans nos archives ; mais tout porte à croire qu’elle eut un effet fâcheux pour le baron de Preuilly, car nous savons que peu après il perdit la faveur du roi ; et sans doute l’affaire de l’abbaye ne fut pas étrangère à sa disgrâce.

Le rouleau de papier sur lequel est écrit cette enquête se compose aujourd’hui de 9 feuillets cousus bout à bout et d’un mètre de longueur totale. La première feuille n’offre plus qu’un lambeau de cinq ou six centimètres, dont il est impossible de tirer une seule phrase ; la deuxième feuille est toute déchirée et en partie décomposée par l’humidité ; la troisième est percée en divers endroits et un peu rongée sur les bords ; les suivantes sont assez bien conservées, sauf que l’encre en est très pâle. Vers 1791 le rouleau était dans son entier et se composait alors de quinze feuilles ; celles qui manquent ont été détruites par l’humidité qui a été si fatale à un grand nombre de pièces de nos archives ; c’est donc environ la moitié de ce document qui se trouve perdue pour notre histoire locale et même pour l’histoire générale des mœurs au moyen-âge. Une note écrite sur la dernière feuille du rouleau aurait dû signaler cette pièce — 261 — à l’avidité des chercheurs de toute espèce qui ont trop longtemps dilapidé nos archives.

En effet, au-dessous du titre : Plainte des religieux de Preuilly contre le seigneur du dit lieu, on lit ces mots : On prétend que cette plainte est curieuse à lire ; et plus bas, d’une autre main, ceux-ci : C’est le même sabbat qu’à la tentation de saint Antoine.—C’était, on en conviendra, plus qu’il n’en fallait pour exciter la curiosité peu scrupuleuse des fureteurs d’autrefois ; mais outre que la pièce est très-difficile à lire, la mauvaise apparence que présentait l’extérieur du rouleau à demi mangé par l’humidité aura été cause de son salut, et il n’avait sans doute pas été déroulé depuis 60 ans lorsqu’il l’a été en 1851 par mon laborieux prédécesseur et confrère M. Delloye.

Preuilly sur Claise et son Histoire